Depuis la simple ressemblance jusqu’aux rendus les plus expressifs, riches en détail et en couleurs, la peinture chinoise est passée par bien des étapes des plus austères aux plus lyriques et chatoyantes. Elle rencontra même, au 6°s., le bouddhisme venu de l’Inde et qui influença de nombreux artistes d’une façon particulièrement directe au fil des siècles. Dans la façon de regarder la nature, le taoïsme chinois traditionnel rencontre peu à peu un écho particulier dans la doctrine du bouddhisme appelé tch’an en chinois, mieux connu sous le nom de zen au Japon. En effet, chaque aspect, chaque élément, chaque parcelle de la nature est unique et respectable dans une énergie intérieure cachée.
Vers le 12° et 13°s, cette démarche de la peinture tch’an accorde une place importante à la méditation sur le réel concret et naturel avant de peindre.
Plusieurs adeptes du Tch’an ont pratiqué la peinture avec vigueur et dextérité dans leur coup de pinceau après de longues minutes de silence tels Mu-Qi, Liang Kai...
Leur pratique s’appuit sur une éthique de vie et une discipline développant non seulement les aspects techniques de la peinture à l’encre noire mais une clarification dans leur vie intérieure s’inspirant également du taoïsme.
L’art tch’an fait école pour sa recherche d’une grande concentration, d’une sobriété de moyens et d’une possible audace personnelle.
Cet art ouvre une voie vers une peinture de l’instantané, se voulant d’abord au service d’une inspiration personnelle et d’une intuition spirituelle. Le fossé s’estompe entre la réalité concrète, même banale, et une vision spirituelle sur toute chose. La peinture Tch’an a été une des expressions les plus complètes de la peinture chinoise et a influencé bien des générations de peintres revendiquant leur liberté personnelle par rapport aux modes, en revenant à des moyens volontairement pauvres mais permettant d’aller à l’essentiel sans ostentation.
C’est aussi cet art qui a rencontré au Japon un engouement considérable jusque dans certains monastères bouddhistes zen où il était pratiqué comme une noble voie à part entière.
Cet art de la peinture à l’encre, et uniquement à l’encre noire et à l’eau, se dénomme “sumi-e” , littéralement “dessin à l’encre”, terme d’ailleurs compris dans tout l’extrème-Orient.
Le véritable style sumi-e est reconnaissable encore aujourd’hui à la rapidité et sobriété de son exécution, rappelant l’instantanéité de l’éveil recherché notamment dans le bouddhisme. Mais cette aisance laisse deviner une profonde capacité d’observation pour être d’abord capable de représenter les choses avec la plus grande vraisemblance et authenticité.
Depuis des siècles, le peintre tch’an ou sumi-e cherche à reproduire “l’esprit des choses” avec économie, rapidité et dextérité dans une atmosphère plus suggestive que détaillée.
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